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Le bien-être animal en ferme d’animation : de la théorie à la pratique



Les fermes d’animation occupent, selon moi, une place particulière parmi les structures qui accueillent des animaux de ferme. À la différence des exploitations agricoles, elles n’ont pas d’objectif de production, mais une vocation pédagogique, éducative, et parfois thérapeutique.

Dans ce contexte, le bien-être animal ne peut en aucun cas être un simple argument de communication : il constitue le socle même du projet.


Pour définir le bien-être animal, je m’appuie sur la définition proposée par l’Anses (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire), qui le décrit comme « l’état mental et physique positif lié à la satisfaction des besoins physiologiques et comportementaux de l’animal, ainsi que de ses attentes».

Cette définition est essentielle car elle rappelle que le bien-être ne se limite pas uniquement à l’absence de maladie, mais englobe aussi les émotions et les comportements de l’animal.


Elle s’articule avec le principe des cinq libertés, qui guide concrètement les pratiques :

  • Absence de faim et de soif

  • Absence d’inconfort

  • Absence de douleur, de blessures et de maladies

  • Liberté d'exprimer des comportements naturels propres à l’espèce

  • Absence de peur et de stress

Ces principes prennent encore plus de sens lorsqu'ils sont reliés au concept de « One Health » (Une seule santé), qui met en évidence les liens étroits entre santé animale, santé humaine et environnement.

Par exemple, adapter les horaires d’ouverture en été pour éviter les fortes chaleurs est, pour moi, une évidence : cela participe à la fois au confort des animaux, des visiteurs et à une gestion plus respectueuse de l’environnement.


Depuis 2024, la sensibilisation au bien-être animal a (ré)intégré le programme scolaire français. Les fermes d’animation ont toute leur place dans cette dynamique en tant que lieu de sensibilisation, d'éducation et de formation.

Mais, une chose me paraît ici essentielle :


"je ne peux pas transmettre ce que je n’applique pas moi-même".


Le professionnel agit comme un guide et un modèle. Ses décisions, son organisation, et ses pratiques quotidiennes doivent refléter ce qu'il souhaite transmettre. Les visiteurs pourront s'inspirer de ce qu'ils observent pour l'intégrer eux-mêmes dans leur quotidien avec leurs animaux.

Au-delà de la cohérence entre les actions de terrain et le projet, on peut même parler de congruence : être aligné, convaincu et engagé dans les actions mises en place au sein de la ferme d'animation.

Selon moi, le bien-être animal ne doit pas être un "mot vitrine" ou encore un phénomène de mode. C’est une réalité quotidienne, faite de choix parfois inconfortables que nous devons à nos animaux partenaires de travail.


Par exemple, en tant que porteur de projet, je peux choisir de ne pas proposer de contact tactile systématique et en continu avec les animaux, et privilégier des temps d’observation guidée. Ce n’est pas toujours ce que le public attend, mais c’est ce qui est le plus respectueux pour les animaux et formateur sur la possibilité d'entrer en relation autrement que par la caresse.


Il est à noter que même si les fermes d’animation ne sont pas des exploitations agricoles, elles ne sont pas exemptes de réglementation. En tant que lieu de détention d’animaux de ferme, le gestionnaire doit, entre autres, désigner un référent bien-être animal et être en mesure de démontrer concrètement ses pratiques, notamment lors de contrôles vétérinaires.

Cela implique :

  • Une bonne connaissance des espèces présentes

  • Une observation régulière des animaux

  • Une adaptation constante de leurs conditions de vie

  • Une traçabilité des pratiques

  • Une formation continue


Une fois que ces principes sont réellement appliqués, la transmission prend tout son sens.

Au cours des animations, l'animateur s'appuie sur la vie quotidienne de la ferme, les besoins des animaux et l'observation directe pour sensibiliser au bien-être des animaux et, plus largement, au bien-être du vivant.

Selon la proposition, il ajuste son animation en s'appuyant sur diverses approches : pragmatique, scientifique, éthologique, ou encore philosophique. Il s'adapte au potentiel de chaque chaque public.

Par exemple, lorsqu’un lapin choisit de se retirer dans son abri, le professionnel s'appuie sur cette situation pour expliquer aux visiteurs l’importance du comportement naturel, du besoin de tranquillité et de l’absence de stress de l'espèce.


En fin de compte, la démarche est simple : je partage ce en quoi je crois et que je mets en pratique moi-même.

Cependant, en raison de son fonctionnement particulier, la ferme d'animation doit rester attentive à certains points essentiels pour garantir le bien-être des animaux :

1. La gestion des effectifs et de l’espace

Les fermes d’animation disposent souvent de surfaces limitées. Il est donc nécessaire d'être particulièrement attentif au nombre d’animaux présents. Un effectif trop important peut rapidement entraîner du stress, des conflits et des problèmes sanitaires.

2. La présence du public

L’accueil du public est le cœur de l'activité de la ferme, mais il peut aussi devenir une source de pression pour les animaux. Le gestionnaire veille donc à encadrer les interactions, à poser des règles claires et à sensibiliser les visiteurs aux comportements respectueux.

3. Une mise en relation réfléchie

Pour moi, la relation entre l’humain et l’animal ne doit jamais être automatique et n'est pas une fin en soi. Il est essentiel de veiller à ce que l’animal puisse choisir d’interagir ou non, disposer de zones de retrait et s’extraire d’une pression humaine trop importante. C’est une condition essentielle pour respecter ses besoins et garantir des interactions de qualité.


Pour conclure cet article, voici un exemple de charte du bien-être animal qui pourrait être mise en œuvre en ferme d’animation.

Charte du bien-être animal en ferme d'animation. Sophie Lamidey
Charte du bien-être animal en ferme d'animation. Sophie Lamidey

En résumé, je crois fermement que le bien-être animal débute avec les pratiques quotidiennes, bien avant la transmission.

« Je transmets ce que j’applique moi-même. »

Sophie Lamidey Avril 2026


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