De l'animal médiateur à la ferme médiatrice
- lamideysophie
- 13 oct.
- 3 min de lecture

Fermez les yeux et plongez-vous dans le quotidien d'une ferme d'animation.
Un jeune enfant franchit les grilles de la ferme et se dirige vers l’enclos des chèvres. Derrière lui, ses parents sont ravis : grâce aux animaux, ce petit d’homme développe sa motricité et s’affirme comme jeune marcheur.
Plus loin, une adolescente, assise face au cheval, se détend. Elle oublie pour quelques instants le harcèlement scolaire dont elle est victime. Dans la bergerie, un adulte en situation de handicap balaie l’écurie, un geste simple, mais porteur de sens, qui lui procure le sentiment d’être utile et de participer pleinement à la vie du lieu. Et puis il y a cette personne âgée atteinte de la maladie d’Alzheimer, qui retrouve des souvenirs d’enfance en respirant l’odeur du foin et en échangeant quelques mots avec le professionnel de la ferme
Ces scènes auxquelles j'ai eu la chance d'assister ont toutes un point commun : l’animal. Il est souvent le premier médiateur du lieu, celui qui attire, qui rassure, qui émerveille, qui invite au dépassement. Pourtant, très vite, on comprend que l’expérience "ferme d'animation" dépasse largement la seule rencontre animale. Peu à peu, c’est l’ensemble de la ferme, ses habitants, ses professionnels, son ambiance, ses activités, son cadre, qui devient médiatrice, offrant à chacun une expérience unique pour entrer en lien, apprendre, ou simplement se sentir bien.
Un lieu qui parle à chacun

Chaque visiteur découvre la ferme à sa façon. Pour certains, ce sont les animaux qui attirent toute l’attention : les observer, les caresser, les nourrir ou encore les soigner. Pour d’autres, l’essentiel réside dans la rencontre avec les personnes qui travaillent ou évoluent sur le site, dans leur savoir-faire et leur passion. Certains seront sensibles à l’ambiance du lieu, sa décoration, son organisation, la manière dont les espaces sont pensés. D’autres encore se laisseront toucher par l’environnement naturel qui entoure la ferme.
L’expérience du faire

La médiation passe aussi par l’action. Beaucoup trouvent plaisir à participer concrètement aux tâches quotidiennes de la ferme : balayer, nourrir ou brosser les animaux, porter du foin, nettoyer un espace. Ces gestes simples, ancrés dans le réel, sont porteurs de sens et riches d’apprentissages. Ils contribuent au développement personnel en permettant de se sentir utile, de renforcer la confiance en soi et de valoriser ses capacités. Au-delà de l’aspect pratique, ces activités favorisent aussi le développement des compétences psychosociales : coopération, communication, gestion des émotions, empathie, autonomie… autant de ressources essentielles pour mieux vivre avec soi-même et avec les autres.
De l’animal au lieu
Ainsi, si l’animal motive la venue à la ferme, l’expérience ne s’arrête pas à cette rencontre : elle s’élargit dès que le visiteur franchit les grilles de la ferme. Peu à peu, c’est l’ensemble du lieu qui prend le rôle de médiateur. Pour certains visiteurs, ce sera un échange humain ou la découverte d’un métier qui fera écho. Pour d’autres, la décoration de l'étable avec ses pots à lait, une vieille brouette ou le simple fait d’être assis sur une botte de paille qui déclenchera des émotions, des souvenirs ou des apprentissages. Certains trouveront leur place dans l’action, en portant un seau, en balayant une allée, en brossant un animal, d’autres dans l'instant présent au milieu d'un pré ou dans l’observation d’une poule qui gratte le sol.
Ainsi, la ferme devient bien plus qu’un lieu de rencontre avec des animaux : elle se transforme en un véritable écosystème médiateur. Elle offre un éventail d’expériences possibles, laissant chacun y trouver sa résonance propre.
Lorsque le décor est posé, quand le lieu est sécurisé, le vivant entre alors en action. La ferme d’animation n’est pas figée, ce n’est pas un décor de théâtre : c’est un lieu de vie. "Un regard sur la ferme d'animation"
© Sophie Lamidey, 2025



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