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Aborder le thème de la famille en médiation animale à la ferme ou ailleurs...


La fête des mères m’a inspiré cet article.

Comme souvent lors de ces journées "spéciales", les émotions circulent différemment. Elles réveillent des souvenirs heureux chez certains et plus douloureux chez d’autres. Elles viennent parfois remuer ce qui relie… ou ce qui nous a manqué.

Et cela m’a ramenée à une évidence que j’ai souvent observé au contact des animaux, à la ferme ou en structure : la famille est un sujet universel, intime, sensible, profondément vivant et très présent en médiation animale.


Au fil de mon parcours auprès de publics vulnérables, enfants, adolescents, adultes fragilisés par leur histoire de vie, personnes en situation de handicap accompagnées en institution, j’ai eu la chance de partager beaucoup de moments d’échange autour des animaux. Et très fréquemment, sans que ce soit prévu, le sujet de la famille arrivait, doucement, souvent avec beaucoup d’émotion.

À la ferme, certaines scènes parlent d’elles-mêmes : une chèvre auprès de son chevreau, une poule devenue maman adoptive d'un caneton, un agneau qui tète ou encore la séparation d’un veau au moment du sevrage. Des scènes simples qui viennent toucher quelque chose d’intime et ouvrent souvent un espace propice à la confidence.

Grâce aux animaux, j’ai entendu beaucoup d’histoires : Le souvenir d’une maman disparue trop tôt, le manque d’un papa absent, un frère ou une sœur dont on a été séparé, la grand-mère qui nous a élevés, une famille d’accueil devenue famille pour toujours.

Et parfois aussi des récits plus douloureux : L’abandon, le placement, les ruptures répétées, la maltraitance, le rejet...

Ce qui me touche profondément, c’est que ces confidences se passent toujours auprès de l'animal et à l'évocation de son histoire… comme si parler du cheval, de l'âne ou du lapin permettait un peu de parler de soi.


En ferme d'animation, la famille se découvre d’abord au travers du monde animal et des connaissances qui en résultent. Aborder un sujet "neutre" lié au savoir est rassurant car éloigné de soi.

La présence du mâle, de la femelle, parfois des petits, permet d’observer très concrètement les liens entre les êtres vivants.

On apprend à reconnaître le baudet, l'ânesse et l'ânon, le jars, l'oie et l'oison ou encore le bélier, la brebis et l’agneau.

On observe qui protège, qui nourrit, qui suit, qui s’éloigne, qui appelle... Le sujet est inépuisable.

On découvre aussi la naissance et la reproduction : les animaux ovipares qui pondent des œufs, les animaux vivipares qui mettent bas, les soins apportés aux petits, les étapes de croissance, la séparation au moment du sevrage.

Les animaux rendent visible le cycle du vivant et facilitent les apprentissages.


Mais ils nous racontent aussi quelque chose de plus grand : le lien, l’attachement, la séparation, la transmission et viennent faire écho aux histoires de chacun.

Certains animaux présents en médiation ont eux-mêmes traversé des histoires difficiles.

Certains ont été abandonnés, d’autres sauvés, certains ont changé plusieurs fois de lieu de vie et d'autres ont connu des débuts douloureux avant d’être accueillis dans une famille humaine aimante.

Et pourtant…ils sont aujourd’hui apaisés, capables d’entrer en lien avec l’humain, parfois même de l’accompagner dans ses propres blessures dans un cadre sécurisé et sécurisant dans lequel ils ont trouvé leur place.

Je trouve cela profondément inspirant parce que les animaux nous rappellent que l’histoire de départ n’écrit pas forcément toute l'histoire, qu’une séparation n’empêche pas l’attachement, qu’une rupture n’empêche pas la reconstruction, qu’un vécu douloureux n’empêche pas de trouver sa place.

Ils nous montrent qu’il est possible de créer du lien autrement, de refaire confiance, d'être accueilli et d'accompagner à son tour. Et cela résonne souvent très fort chez les bénéficiaires.

À travers les animaux, il devient possible d’aborder avec délicatesse la famille d’accueil, l’adoption, l’abandon, le placement… mais aussi la sécurité retrouvée, le sentiment d’appartenance, la place que l’on prend dans un groupe ou auprès de quelqu’un.


Le thème de la famille peut être abordé de multiples façons en médiation animale et au sein de la ferme :

  • Observer un groupe d’animaux et repérer le mâle, la femelle, le petit, les interactions entre eux. Puis échanger : Qui prend soin de qui ? Qui reste ensemble ? Comment se montrent-ils qu’ils appartiennent au même groupe ?

  • Associer les différents membres d'une famille : coq / poule / poussin, bouc / chèvre / chevreau, bélier / brebis / agneau.

  • Créer l'arbre généalogique d'un des protégés de la ferme.

  • Parler de "ceux qui prennent soin" à partir d’un animal : Qui s’occupe de lui ? De quoi a-t-il besoin ? Qui lui donne à manger ?Qui le rassure ? Puis bien sûr, ouvrir l'échange sur "Et toi, qui prend soin de toi ?"

  • Raconter, écrire, illustrer une histoire de vie à partir d'un animal accueilli à la ferme : d’où vient-il ? A-t-il été sauvé ? A-t-il changé de lieu de vie ? Comment est-il arrivé ici ? Puis laisser venir les résonances personnelles.

  • Représenter sa famille à la manière d’une famille animale : en duo, en groupe, en nid, en troupeau…ou dessiner les êtres, humains ou animaux, que l’on considère comme sa famille.


Pour conclure, les animaux nous apprennent que la famille peut prendre bien des formes. Elle n’est pas toujours celle que l’on imagine. Elle n’est pas toujours celle dans laquelle on naît. Elle se transforme parfois. Elle se reconstruit. Elle s’invente aussi.

Elle peut être biologique, adoptive, choisie, recomposée, d’accueil, parfois fragile, parfois évidente, parfois douloureuse, parfois réparatrice.

À la ferme, les animaux nous rappellent que ce qui fait famille dépasse parfois les mots. C’est une présence, un attachement, un repère, un espace où l’on peut grandir, être accueilli, trouver sa place… et parfois revenir à soi.

Et c’est là toute la beauté de la médiation animale : partir du lien à l’animal pour venir toucher, avec douceur, le lien à soi et aux autres.

Sophie Lamidey juin 2026


 
 
 

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