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Lorsque l’animal n’est pas disponible en médiation animale, est-ce que tout s’arrête ?

Dernière mise à jour : il y a 20 heures



Je ne pense pas.


Choisir un animal comme partenaire de travail, c’est accepter qu’à un moment donné de la séance, il puisse ne pas avoir envie d’entrer en relation, s’extraire de la pression humaine ou simplement avoir besoin de repos. Et cela doit être entendu, respecté et accompagné.


En médiation animale, l’animal n’est pas un outil. C’est un être vivant, sensible, avec ses émotions, ses limites et ses besoins propres.

Bien sûr, on ne force pas.

Pourquoi ? Parce que contraindre un animal à interagir malgré son refus est néfaste pour lui. Cela peut générer du stress, de l’inconfort, voire un véritable mal-être avec des répercussions physiques ou psychiques. À terme, cela peut également conduire au développement de comportements inadaptés en séance : évitement, agitation, irritabilité, défense…


Il est essentiel de rappeler une chose fondamentale : l’animal n’a pas demandé à être là. C’est nous, humains et professionnels, qui lui imposons un cadre, un environnement et des interactions. Nous avons donc la responsabilité éthique de respecter ses signaux et son consentement.


Mais l’enjeu ne concerne pas uniquement l’animal.


Du côté du bénéficiaire, forcer l’animal à entrer en interaction revient à montrer qu’il est acceptable d’ignorer le refus d’un être vivant. Le professionnel devient alors le modèle d’un comportement qui nie le consentement.


Or, l’intervenant en médiation animale se doit d’avoir une posture exemplaire, bienveillante et congruente. Respecter l’animal, c’est aussi transmettre des valeurs essentielles : l’écoute, l’empathie, le respect des limites de l’autre et la prise en compte des émotions.


Il existe également un risque physique réel pour le bénéficiaire.

Un animal poussé au-delà de ses limites peut chercher à se défendre ou à fuir. Cela peut entraîner des griffures, des morsures, des coups de patte, des pincements ou d’autres réactions inadaptées liées au stress. Ces comportements ne sont pas de la “méchanceté” : ils sont l’expression d’un inconfort ou d’un dépassement émotionnel. Respecter le refus de l’animal, c’est donc aussi garantir la sécurité de tous.



Lorsqu’un animal ne souhaite pas participer, le rôle du professionnel est donc primordial. C’est précisément dans ces moments-là que son professionnalisme s’exprime pleinement.

Il va falloir accompagner la situation, mettre des mots sur ce qui se passe, ouvrir un échange avec le bénéficiaire et transformer cet instant en support pédagogique, éducatif ou thérapeutique.

L’effet miroir prend alors tout son sens.


On peut par exemple demander :

« Et toi, si tu n’avais pas envie de faire quelque chose, apprécierais-tu qu’on t’oblige à le faire ? »

Ou encore :

« Comment peux-tu voir que l’animal a besoin d’espace ? »« Qu’est-ce qu’il essaie de nous dire ? »« Comment peut-on respecter son besoin tout en restant en lien avec lui autrement? »

Ces situations offrent souvent des temps d’échange particulièrement riches autour des émotions, du respect de soi, du consentement et des besoins de chacun.

Bien sûr, cela implique aussi un travail de préparation en amont. L’intervenant doit anticiper la possibilité qu’un animal ne soit pas disponible pendant la séance. Cela signifie penser des alternatives, concevoir des outils pédagogiques, adapter ses objectifs et être capable de poursuivre l’accompagnement autrement.


Concrètement, il est possible de proposer :

  • un temps d’observation de l’animal à distance afin de travailler sur la lecture du langage corporel et des émotions ;

  • des échanges autour des besoins fondamentaux de l’animal : repos, sécurité, liberté de mouvement, alimentation, communication ;

  • des activités sensorielles autour des poils, plumes, empreintes, accessoires ou objets liés à l’animal ;

  • des jeux ou supports pédagogiques sur les émotions, le consentement ou les comportements animaux ;

  • des jeux ou supports pédagogiques sur le schéma corporel, l'espèce, la race; l'individu ;

  • des activités créatives ou artistiques ;

  • un travail autour des soins indirects : préparer une friandise, aménager un espace de confort, remplir une gamelle d’eau, préparer un enrichissement ;

  • des exercices de détente, d’ancrage ou de respiration inspirés de l’observation de l’animal au repos ;

  • des temps de verbalisation et d’expression émotionnelle autour de la frustration, de l’attente ou du respect des limites ;


Parfois même, le simple fait de respecter le choix de l’animal devient le cœur de la séance et le support d'accompagnement le plus pertinent du moment.


Car une séance de médiation animale ne repose pas sur “faire faire” quelque chose à l’animal. Elle repose avant tout sur la qualité de l’accompagnement, du lien et du sens donné à ce qui se vit dans l’instant. On choisit l'animal pour ce qu'il est et non pour ce que l'on veut qu'il soit.


Il est également important de rappeler qu’un animal peut être présent, participer à la séance… sans pour autant répondre exactement à ce que l’on attend de lui. C’est aussi ce qui fait de lui un être merveilleux, avec toutes ses imperfections.

Un chien peut attraper son jouet et partir avec au lieu de le rapporter. Une chèvre peut décider de contourner un slalom autrement que prévu. Un lapin peut préférer explorer la pièce plutôt que de déguster les brochettes que le bénéficiaire vient de lui confectionner.

Est-ce grave ? Non.

L’animal n’est pas un robot exécutant des consignes. Il reste un être vivant avec ses propres initiatives, préférences et façons d’interagir avec son environnement. Vouloir absolument obtenir le comportement attendu risquerait de faire basculer la séance dans le contrôle et la performance, au détriment de la relation et du respect du vivant.

Encore une fois, tout dépend de la posture du professionnel.

L’essentiel est de savoir mettre des mots sur ce qui se passe et d’utiliser la situation comme support d’accompagnement. Car ces imprévus sont souvent riches de sens et d’enseignements.

Par exemple :

« Le chien a peut-être envie de jouer autrement avec nous. »« La chèvre a choisi un autre chemin. »« On dirait qu’aujourd’hui, le lapin préfère explorer plutôt que de manger. »

Ces moments permettent de travailler la flexibilité, l’adaptation, la gestion de la frustration, l’acceptation de l’imprévu ou encore le respect du rythme de l’autre.

En médiation animale, la richesse ne se trouve pas dans une activité “parfaitement réussie” (vue de l'extérieur), mais dans ce qui émerge naturellement de la rencontre entre le bénéficiaire, l’animal et le professionnel.


Finalement, lorsque l’animal n’est pas disponible, tout ne s’arrête pas. Au contraire, cela peut devenir un moment profondément humain, éducatif et thérapeutique. À condition, bien sûr, que le professionnel sache accueillir cette réalité avec respect, souplesse et éthique.


Sophie Lamidey Mai 2026

 
 
 

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